Il faut recréer la confiance et la cohésion sociale entre les différentes communautés, – Alain Decoux Chargé des Programmes de la délégation de l’Union –Européenne en RDC

communication | septembre 17, 2018 | 3 | Projet Union Européenne

Goma, le 17 septembre 2018 (caritasdevgoma.org) – Un facteur déterminant pour la cohabitation pacifique au Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), l’accès à la terre principale cause des tensions et conflits dans la région ne date pas d’aujourd’hui. Pour y remédier, Alain Decaux économiste de formation et Chargé des Programmes de la délégation de l’Union-Européenne en RDC, pense qu’il faut recréer la confiance et la cohésion sociale entre les différentes communautés déchirées par une décennie des conflits. Venu pour le compte du projet Sécurisation de terre, un des projets qu’exécute la Caritas Goma grâce avec un financement de l’Union- Européenne, le projet s’engage dans la préparation du retour apaisé et coordonné des déplacés et réfugiés dans leur milieu d’origine par le bais de la sécurisation des terres. Il n’y a que par l’acceptation du retour de ceux qui étaient partis que la RDC pourra recouvrer la paix affirme l’homme qui a une expérience de plus de 30 ans dans le monde humanitaire avant de rappeler que la paix est une affaire qui nous concerne tous. Ci-dessous l’intégralité de l’interview qu’il a accordée à la Cellule de Communication de la Caritas Goma.

Alain Decoux,Chargé des Programmes de la délégation de l’Union –Européenne en RDC lors de l’interview accordée à la CellCom/Caritas Goma
  1. Deux ans après le lancement du projet sécurisation de terres dans le diocèse de Goma et le retour des réfugiés et déplacés, quelles sont vos impressions par rapport aux objectifs assignés au dit projet ?

Le projet suit son cours normalement. Nous étions avec les responsables du projet pour justement faire le point. C’est certain qu’il existe quelques contraintes, c’est notamment l’accès au foncier qui est l’élément essentiel pour garantir aux populations que ce soient celles des retournés ou réfugiés qui reviennent s’installer ou celles des populations autochtones, les autres populations qui n’ont pas bougé, de pouvoir garantir effectivement que  la terre leur appartient…. Donc c’est très difficile pour toute la population sans distinction de pouvoir effectivement obtenir un titre qui leur garantit en toutes circonstances le droit de propriété. Et ça c’est un des éléments essentiels sur lesquels il faut continuer à travailler. Il y a d’autres défis, mais je dirai d’une façon générale, le projet suit son cours normalement et qu’il y a de très bonnes surprises, notamment le désir à la fois des populations autochtones et des populations retournées de se réinstaller dans leurs lieux d’origine. Les uns sont prêts à les accueillir, les autres ont vraiment envie de les accueillir, ça c’est vraiment une très bonne chose. Il y a d’autres défis qui se poseront comme la transhumance vue le nombre des bétails qui est ici au Nord-Kivu. Ça pourra poser un problème à l’avenir. C’est quelque chose qu’il faut bien gérer, sur lequel il faudra effectivement porter une attention particulière ainsi que la protection de l’environnement.

2. La question de retour de réfugiés et déplacés au Nord-Kivu est une question qui divise les communautés. Au fait, certaines personnes affirment qu’elles auraient vécues avec ces gens qui étaient parties et d’autres disent que ce sont plutôt des sujets Rwandais qui voudraient profiter de cette occasion pour venir s’installer en RDC. Qu’est ce que vous en dites ?

C’est difficile pour moi de répondre à cette question. La seule chose que je peux vous dire est que d’après les enquêtes menées par la Caritas Goma dans le cadre de ce projet, environ trois quarts de personnes interrogées sont prêtes d’une part à recevoir les gens qui se sont déplacés et qui ont envie de retourner et une grande majorité des gens qui sont toujours dans des camps souhaite rentrer se réinstaller et revenir dans leur région d’origine.

3. L’union européenne apporte sa contribution dans la résolution des conflits en RDC. Quels sont les acteurs qui devaient s’impliquer selon vous, pour que la paix revienne vraiment dans cette partie du pays ?

Tous les acteurs. Que ce soit au niveau local, provincial, national, régional. Si on veut qu’un film soit bon il faut que tous les acteurs jouent leurs rôles respectifs. Si un des acteurs ne joue pas convenablement son rôle, le film ne sera pas bon. Le film est médiocre. Et donc c’est exactement la même chose. On a besoin de tout le monde, à tous les niveaux, que ce soit au niveau coutumier, administratif, politique, judiciaire, que ce soit au niveau des forces de sécurité, tout le monde doit jouer son rôle. Les communautés ont certainement leur rôle à jouer notamment en termes de cohésion et de confiance. Il faut recréer cette confiance entre toutes les communautés. Entre les communautés et les autorités  que ce soit au niveau administratif, tout le monde doit jouer son rôle. La communauté internationale de son côté n’a qu’un rôle ; C’est celui de soutenir et de pouvoir effectivement assurer la mise en œuvre des solutions qui seraient proposées par les communautés ou par d’autres acteurs impliqués dans le projet. On ne va pas au-delà. Ce n’est pas à nous en tant que communauté internationale à essayer de régler les problèmes, c’est vraiment appuyer les solutions qui sont  proposées, qui viennent d’ici du Nord-Kivu ou de la RDC en général.

4 .Parlez-nous de l’intérêt qu’a L’Union Européenne à financer le projet « Sécurisation des terres ».

En fait, un de nos objectifs majeurs dans le cadre de l’instrument de contribuer à la stabilité est la paix.  On sait qu’ un des problèmes qu’on rencontre ici c’est  un problème foncier donc le problème foncier n’est pas à la base ; c’est en tout cas un des éléments essentiels qui ont amené cette violence dans le Kivu et donc l’intérêt premier pour nous c’est de ramener la sécurité et la paix, d’où l’intérêt de ce projet qui a été proposé par la Caritas comme je vous le disais tout à l’heure, l’intérêt pour nous c’est de soutenir des initiatives qui effectivement amènent à la stabilité et la paix.

5. Quelle est votre compréhension des conflits fonciers au Nord-Kivu et que peuvent être les pistes et solutions pour résoudre cet état des choses?

Je ne suis certainement pas le mieux placé pour pouvoir répondre à cette question. Je pense qu’il y a des acteurs locaux, et je pense au contraire à la Caritas dans le projet qu’on mène ensemble ici, qui n’est pas le seul mais un des tas de projets que l’on mène ici au Nord-Kivu, que la Caritas est mieux placée pour répondre à cette question. Il me semble quand même essentiel et c’est d’ailleurs ce qui est ici en train d’être mis en œuvre à travers le projet, de recréer la confiance et la cohésion sociale entre les différentes communautés. La confiance ça passe aussi par la sensibilisation, ça passe aussi par l’explication du droit, des droits et des devoirs des uns et des autres. C’est vraiment l’élément essentiel pour moi concernant ce projet.

6. Et en parlant des droits, est ce qu’il y a une vision particulière pour la femme dans le cadre de ce projet sachant que le Nord-Kivu est une région ou les préjugés culturels ne permettent pas à cette dernière d’accéder à la terre ?

Vaste question !C’est clair que la problématique et le positionnement de la femme, que ce soit au sein de sa famille, au sein de sa communauté, que ce soit dans ce cas précis pour l’accès au droit de succession pour l’accès justement équitable à la terre, aussi bien entre garçons et filles qu’entre femmes et hommes au sein d’une même famille, au sein d’une communauté. C’est des choses sur lesquelles il faut travailler, il faut continuer à travailler. J’ai rencontré des jeunes qui travaillent sur un projet avec Pole Institute, c’est une question qu’on leur a posé effectivement par rapport à l’accès au foncier et les jeunes sont conscients. Pour moi, un des éléments positifs, c’est le fait d’être conscients, ils en parlent au sein de leurs familles, ça prendra encore du temps mais il faudra certainement continuer à pousser cette sensibilisation et là aussi tous les acteurs hommes, femmes, jeunes hommes et jeunes filles, politiques, coutumiers tous ont un rôle essentiel à jouer là-dessus, il faut qu’on parvienne à cette parité, à cette égalité.

7. Mais qu’en pense le projet ?

Alors effectivement au niveau de la sensibilisation, au niveau des actions spécifiques on demande de mettre un accent particulier sur les droits fonciers, sur ce que dit le droit congolais. On y aborde énormément des choses, des propositions sont nombreuses,  maintenant il faut qu’elles soient mises en application. C’est à la faveur de ces séances de sensibilisation au sein des communautés, des individus que l’on parviendra rapidement  à changer cet état des choses. Et ça, le projet s’en charge.

8. Le projet « sécurisation de terres » est presque à sa fin. Est-ce qu’il y a des dispositions pour son refinancement au vue des défis majeurs qui restent encore à relever ?

Alors, je dois vous dire que l’instrument contribuant à la stabilité et à la paix n’est ni un instrument de développement ni un instrument  de poursuite d’intérêt, il a effectivement comme volonté de s’inscrire sur des périodes assez courtes  entre 18 mois et 36 mois , c’est un projet de longue durée pour nous , c’est claire c’est quelque chose sur lequel on réfléchit aussi mais sera plus une réponse de type développement qui devra être portée soit par L’Union Européenne soit par d’autres donateurs de développement soit les autorités locales et nationales qui sont garant effectivement de cette pérennité du développement et on espère effectivement que tout le monde pourra s’investir d’avantage  avant pour la poursuite de ce projet.

Je pense effectivement que c’est un travail de longue haleine que l’on a à travers ce projet mis la première pierre, que les fondations de la maison sont peu être construites, maintenant il faut construire les murs, il faudra décorer la maison, il faudra apporter l’électricité, c’est probablement pas nous qui le feront avec l’instrument contribuant à la stabilité et à la paix, mais il y a d’autres acteurs qui doivent le faire, qui peuvent le faire et comme je vous le disais, pour moi il y a, il faut deux éléments essentiels, il y a d’une part la place des femmes et des jeunes, parce que je pense qu’ils ont aussi un rôle essentiel à jouer.

Propos recueillis par Lydie Waridi Kone

Cellule de Communication

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